samedi 17 janvier 2026

Ô Temps!..

À présent que je suis vieille, j'ai acquis une sérénité qui m'aide à mieux vivre, bien que je ressente une certaine lourdeur.
Les années me pèsent. J'ai de l'embonpoint et du rhumatisme. Je traîne un sac de sable qui rend ma marche difficile, et chacune de mes rides est un siècle.

Je suis heureuse d'avoir survécu à tous les coups et blessures que la vie m'a infligés. À toutes les ruptures, les blessures, les cassures. Aux abandons. Aux mutilations.

Je suis une survivante. Mes cicatrices et elles sont nombreuses, en sont l'indéniable preuve.
Un jour je me suis trouvée face à la mort. 
Elle a longtemps rôdé autour de moi, et a fini par m'attraper. Puis, elle m'a tendu une perche.
Je suis remontée à la surface. Je l'ai repoussée. Après quelques tractations, elle a fini par  m'accorder un sursis.

Mon existence n'a tout compte fait ni grandeur, ni tragédie, même si elle est un peu étrange.
J'ai bien longtemps marché au bord de la route, en évitant les ornières.
J'ai marché à la lisière des forêts.
J'ai arpenté des chemins de fortune.
J'ai marché dans le vent. 
J'ai longé des chemins de traverse.
J'ai marché par monts et par vaux, mes pieds embourbés. 
J'ai marché dans le désert sans trouver une source d'eau.

J'ai apprivoisé la douleur. 
J'ai résisté. 
Je me suis dérobée. J'ai menti. J'ai trahi.
J'ai traversé ces derniers siècles en solitaire.
Je suis arrivée à ma vieillesse avec quelques longueurs d'avance.
Je n'ai plus à vivre qu'une journée d'automne.

J'avance désormais sans trébucher, sans vaciller, sans me retourner. 
Je balotte aisément, porté par les courants.
Je suis invisible, fondue dans la foule, j'avance.
Rien n'a véritablement changé. Ni le ciel, ni les hommes. C'est juste moi. Moi, qui ne doute plus.

Le Temps a fait son travail!

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